Roulera-t-on bientôt grâce à du carburant produit à partir des déchets plastiques à usage unique ?  C’est possible puisque plusieurs structures en France et en Europe travaillent en effet dans ce sens. Si le procédé est au point, il est pourtant loin d’être la solution en soi au problème de la pollution générée par les millions de tonnes de filets de pêche, de bouteilles de shampoing et autres plastiques jetables qui finissent tous les ans dans les océans.

PLASTIC POLLUTION in the jungle. Dirty plastic bottles and bags

La pyrolyse, pour transformer le plastique en carburant

S’il existe de plus en plus d’alternatives biosourcées, la fabrication du plastique à usage unique se fait encore essentiellement à partir de produits pétroliers grâce à un processus de polymérisation. Celui-ci permet de faire fusionner plusieurs monomères afin de créer une molécule plus grosse, un polymère.
En fin de cycle, le plastique jetable ainsi produit finit dans le meilleur des cas dans une déchetterie ou dans un incinérateur, mais plus généralement dans la nature et dans les océans.

Pourtant, il existe un procédé qui permet de transformer et de valoriser les emballages et autres sacs en plastique, la pyrolyse.
Également nommée thermolyse, cette technique n’est pourtant en rien nouvelle puisqu’elle est connue depuis le XVIIIe siècle. Si personne ne lui avait donné de nom à l’époque, elle était notamment utilisée dans l’industrie, par exemple pour produire du charbon à partir du bois. La thermolyse consiste à porter un matériau à très haute température sans lui apporter d’oxygène. Il manque alors l’un des trois éléments indispensables pour faire du feu. Au lieu de brûler, le matériau se dégrade en divers éléments gazeux, liquides ou solides.

En ce qui concerne le plastique, la thermolyse permet sa transformation en diesel, en essence, en gaz et en pétrole lourd avec des rendements très élevés.

Les initiatives pour valoriser ce déchet qui nous encombre

En France et en Norvège, de nombreuses initiatives ont vu le jour ces dernières années pour tenter de trouver une solution au problème des emballages plastiques jetables qui s’amoncellent par centaines de millions de tonnes chaque année.

Quantafuel : 1er producteur de carburant sans plate-forme

Quantafuel est une jeune pousse norvégienne qui ambitionne de devenir le premier producteur de carburant sans plate-forme pétrolière. S’appuyant sur le système de la pyrolyse, la start-up a considérablement amélioré le procédé et son rendement. La start-up peut désormais se targuer de pouvoir valoriser 90 % des déchets plastiques qu’elle collecte.
En effet, à partir d’une tonne de déchets plastiques, elle est en mesure de produire 900 kg de carburants répartis de la manière suivante :

  • 700 kg de diesel ;
  • 150 kg d’essence ;
  • 50 kg de pétrole lourd.

Soutenue financièrement par le géant pétrolier Victol Group, cette initiative devrait prendre de l’ampleur puisque Quantafuel prévoit d’ouvrir une nouvelle usine à même de traiter 60 tonnes de déchets quotidiennement.

Une solution française qui peut être déployée partout dans le monde

Sur la Côte d’Azur aussi, on s’inquiète des nombreux déchets plastiques qui dégradent l’environnement. L’association Earthwake a d’ailleurs présenté en septembre dernier son prototype « Chrysalis ».

Ayant nécessité 3 ans de développement, cette machine est capable de transformer 1 kg de plastique en 0,650 kg de diesel, 0,250 kg d’essence et 0,100 kg de gaz en seulement 30 minutes. Ce dernier est en partie utilisé pour le fonctionnement du prototype qui est donc autonome.

Et c’est bien l’avantage de la solution low tech proposée par l’association. En effet, de par son poids et ses dimensions raisonnables, Chrysalis peut rapidement être déployé partout dans le monde.

Earthwake  cherche d’ailleurs des fonds pour produire un modèle plus important, de la taille d’un conteneur. Celui-ci pourrait alors être transporté directement sur un site pollué par des déchets plastiques. Lors de catastrophes dans des zones difficiles d’accès, il pourrait également permettre la production de carburant destiné à alimenter des groupes électrogènes.

Carburant « plastique » à la pompe : une généralisation pas pour demain

Une technique connue depuis des siècles, des sociétés et associations qui ont des solutions qui fonctionnent, on pourrait logiquement s’attendre à rapidement voir de l’essence issue du plastique bientôt à la pompe.

Et pourtant, ce n’est pas pour demain car ce procédé n’est en rien une solution miracle :

  • cela ne concerne pas les déchets en mer : pour être valorisés en divers carburants, les déchets ne peuvent provenir des océans car ils y sont trop dégradés. Il faut donc des plastiques jetables « propres » ;
  • cela ne concerne pas tous les plastiques : il existe un grand nombre de polymères. A l’heure actuelle, tous ne sont pas valorisables. C’est notamment le cas des PET (bouteilles plastiques) et autres PVC ;
  • bilan carbone moyen : les propriétés de ces carburants sont similaires à celles de n’importe quel autre. Leur combustion dégage la même quantité de CO2. Seule leur production est moins génératrice de dioxyde de carbone ;
  • le prix de revient est trop élevé à grande échelle : produire un litre d’essence à partir des déchets plastiques jetables est coûteux, surtout face à un prix du baril bas. Outre le procédé en lui-même, il faut en plus les collecter et les trier.
  • il est plus lucratif d’exploiter une plate-forme pétrolière.

Finalement, pour préserver notre planète, la meilleure méthode reste donc d’abandonner le jetable au profit du réutilisable et possible d’éviter de prendre sa voiture chaque fois que c’est possible.