Un dessin qui ne se termine jamais, vous pensez que c’est impossible? Loona, alias Elly Oldman, s’est lancée dans cette aventure il y a deux ans, alors qu’elle dessine depuis peu. Suite à une crise d’épilepsie qui ne lui permet plus d’écrire correctement, l’illustratrice commence sa rééducation seule en traçant des lignes droites qui ne doivent pas se toucher. Alitée chez elle à cause d’une entorse, elle se met peu à peu à dessiner, et ne s’arrête plus. A force de temps et de travail, elle se découvre un talent, une passion. Deux années plus tard, elle fait parler d’elle et lance une cagnotte sur Ulule afin de financer son projet, la Grande Histoire du Dessin sans fin. Rencontre avec une jeune fille aux cheveux roses et au caractère bien trempé.

Le dessin sans fin, c’est quoi?

C’est un dessin que j’avais commencé en 2017 sur Instagram parce que je voulais faire un grand dessin sans m’arrêter, sans me dire je finis un dessin et je passe à un autre, je voulais les mettre tous ensembles. Le format Instagram est idéal car tu peux poster des lignes de dessins et cela donne une grande illustration à « scroller ». Cela fait donc deux ans que je continue et maintenant il y a 70 lignes sur l’application, ce qui fait environ 15 mètres sur 60cm une fois imprimé. L’année dernière, Electroni-k m’a proposé d’exposer le dessin au festival Maintenant et on s’est rendu compte que montrer une oeuvre d’une telle dimension c’était pas évident, donc j’ai fait une fresque de 2,5m sur 5m qui s’appelle La Grande Histoire du dessin sans fin, et on a travaillé avec la réalité augmentée. J’étais agacée par le plastique que l’on voit partout, les pailles que l’on donne dans les bars, les déchets qui s’accumulent dans les rues, et j’ai décidé de faire un fresque qui raconte l’histoire d’une petite fille qui part dans un monde parallèle ramasser du plastique et autres déchets. Grâce à la réalité augmentée dans la fresque, les enfants vont chercher eux mêmes dans l’oeuvre les endroits où il y a de petits déchets, et peuvent déclencher des vidéos avec des mains qui viennent enlever le plastique, avec de la musique et des animations, ce qui rend ça beaucoup plus ludique et marrant pour les enfants, ce qui les sensibilise à la protection de l’environnement. Il faut que cela devienne pour eux un réflexe, et qu’ils se disent que ramasser le plastique par terre c’est bien plus drôle que de le laisser! J’essaye de créer des petits combattants du plastique! (rires)

Ce dessin est composé de toutes mes réalisations et on peut, par exemple, y retrouver la fillette du logo d’I’m From Rennes 2019. C’est un peu mon CV géant! On y retrouve aussi mes amis, ma famille, les albums que j’écoutais…

Tu as récemment fait une intervention aux conférence TEDx, peux-tu nous raconter?

TEDx met en avant des idées pour changer le monde, et recrute des personnes de n’importe quel milieu social. Cette année le thème était très axé sur l’écologie. Ils sont venus me voir après avoir vu la campagne Ulule, et pendant cinq mois j’ai répété afin de faire un discours de dix minutes devant 3300 personnes au Liberté, où je leur ai raconté l’histoire de la petite fille et du marécage. TEDx te demande de faire un « Call to action » qui est fait pour motiver les gens, et j’ai demandé au public de ramasser chacun trois déchets pendant une semaine, ce qui nous donne environ 70 000 déchets récoltés et jetés en sept jours. Grâce aux réseaux sociaux et au hashtag #poubellesansfin, les gens se motivent et en parlent à leurs amis.

L’art, c’est un moyen de sensibiliser à la protection de l’environnement?

Bien sûr! On peut voir sur les réseaux sociaux qu’il y a pas mal de gens qui ont fabriqué des baleines en déchets sur les plages par exemple. Un artiste a fabriqué des poissons en déchets qui deviennent des poubelles géantes et les gens y sont sensibles. Lorsque tu réussis à créer une oeuvre à partir de tous ce que jettent les gens, tu les touches car ils sont plus attentifs. A Rennes, certaines personnes me disaient que la ville était propre, et finalement quand ils se promènent et regardent attentivement par terre, ils trouvent plein de petites choses, des mégots, des bouts de plastiques, des emballages… L’art permet de rendre ça plus agréable, plus ludique et donc d’avoir une autre approche du tri et du ramassage du plastique. Au niveau politique ça ne se concrétise pas, et l’art permet de faire bouger les choses.

Quels sont les projets à venir?

La fresque sera affichée à Issy-Les-Moulineaux pendant quatre mois, de septembre à décembre et à Rennes pendant tout le mois d’octobre. Il va y avoir des produits dérivés de la fresque comme des albums de coloriage, des tote bags pour ramasser ses déchets, des gourdes en métal… J’aimerais également imprimer des bouts de fresque pour les enfants dans les hôpitaux, et qu’ils puissent l’afficher dans leur chambre. Les mois qui vont suivre vont être remplis de projets!

Retrouvez les oeuvres de Loona et suivez ses actualités sur sa page Instagram ledessinsansfin

Le dessin sans fin